Vous êtes ici : News > Vin et Société

Interview Exclusive de Jacques Legros, présentateur du JT de TF1 et fondateur de vigneetvin.tv

17.06.2010 Anne Serres | Région viticole : France

Une indiscrétion du blog de Jean-Marc Morandini a révélé le projet du présentateur du JT de 13h de TF1, Jacques Gros : une web-tv consacrée au vin. Le site sera en ligne dès la fin du mois. Entretien.

Quel est le concept de vigneetvin.tv ?
Il ne s’agit pas d’un site avec un petite web-tv mais d’une web-tv qui occupe les deux-tiers de la page avec un certain nombre d’informations sous forme écrite qui ne passent pas en vidéo. Cette idée me travaille depuis longtemps : on trouve aujourd’hui des sites qui vendent du vin et des sites qui parlent de culture, d’histoire du vin, sans arriver à faire la synthèse. C’est à ce lien que j’aspire, pour avoir la vision la plus large possible de l’univers du vin et de la vigne. Nos reportages emmèneront les internautes à la rencontre des domaines et des gens et leur offriront la possibilité, à travers une plate-forme associée, de réserver une chambre d’hôte ou d’acheter le vin du domaine. Le ton sera volontairement très JT, puisque que c’est mon métier, et nous interrogerons le vigneron, le restaurateur, le caviste… pour un tour d’horizon complet.
Nous serons complets pour parler de vin, c’est à dire que nous parlerons aussi de tout ce qui gravite autour : la gastronomie et les accords mets-vins, c’est une évidence, mais il y a aussi la formation, les stages… Le vrai objectif c’est de sortir de l’obsession de la loi Evin, qui a mis le vin dans l’alcool alors que nous voulons montrer que le vin ne peut être réduit à la question de l’alcool et de l’alcoolisme. Pour cela, il importe de le resituer dans son histoire, dans sa terre, son terrain, son terroir et son pays, son paysage, ses paysans. Pour cela, nous voulons fuir les modes, comme celle du bio. Car quand c’est bien fait c’est toujours un peu bio, dans l’esprit et la pratique, avec ou sans label. Nous voulons être ce lien fédérateur des thématiques et des valeurs du vin.

Et demain le monde ?
Nous devons occuper le terrain c’est pourquoi nous serons en ligne dès la fin du mois. Puis nous peaufinerons et enrichirons nos contenus. Une traduction en anglais, en allemand et en espagnol est prévue, ainsi que, plus tard, en chinois. Et nous nous intéresserons aux vignobles étrangers, bien entendu. Mais pour aller faire des reportages au Chili ou en Afrique du Sud, il nous faudra du budget ! Notez que nous avons déjà eu un appel de Chine où on nous propose une correspondance régulière, c’est un internaute passionné qui nous a contacté après que la nouvelle de notre lancement se soit échappée sur le net : vous voyez, Internet est tout de suite un média d’envergure mondiale, ce qui le différencie de la TNT, surtout payante.

En tant que site Internet, vigneetvin.tv ne sera pas sous la coupe de la loi Evin ?
Je publie au mois d’octobre un livre chez Hugo et Cie, dans leur collection Phare, intitulé Le vin vu par moi, où je taille en pièces la loi Evin car elle est absurde : on a, par simplisme de vue mi-administratif mi-politique, assimilé le vin aux alcools ? C’est une erreur fondamentale : les jeunes ne se saoulent pas au vin dans les boites de nuit ! On peut faire du vin une école de culture et de modération. Ce n’est vraiment pas la peine que l’Etat finance la Semaine du Goût pour faire l’autruche avec le vin ! Le vin a une histoire en France, qui remonte à 6000 ans, ce qui n’est pas le cas pour le gin ou le red bull !
Maintenant, la loi Evin ne changera pas, on ne va pas se mentir : un retour en arrière serait vécu comme un recul, une trahison vis à vis de notre belle jeunesse. Mais oui, c’est pour ça que nous sommes sur Internet et pas sur la TNT.
Notre ambition n’en est pas moins de nous placer dans une quête de qualité, de faire un vrai produit culturel qui défende une forme de bon goût et d’élégance, d’arriver à quelque chose de précieux. Pas question de passéisme sur l’air de la bibine, du gros rouge qui tache et du pisse citerne, car c’est là qu’on rejoint la problématique d’un produit d’alcool. Nous voulons parler culture et émotion vraies.
C’est un positionnement qu’on retrouve, notamment sur Internet : on est en train de revenir sur les logiques qui ne mènent nulle part, merci le développement durable. On sent un tournant et la quête de qualité du moins mais mieux s’inscrit dans cet air du temps-là, fait de respect et de raison, le vent tourne.

Comment vous est venue votre passion pour le vin ?
Je suis du Nord, du pays minier du côté de Béthune, le pays de la Vierge. Je n’ai pas vu de vignoble avant très tard et pour moi le vin c’était mon exotisme, il correspondait à ma propre quête d’élégance. L’élégance du vin a commencé par les mots : j’ai toujours été fasciné par les noms du vin. Cette inaccessible étoile est devenue un rêve que je me devais de réaliser. Il fallait que ça se fasse, à défaut j’aurais été très frustré et malheureux.
Plus tard, au contact du vin, je me suis aperçu que le vin regroupe toutes les valeurs que je défends : le respect, d’abord, celui de la nature, du temps qui passe et du temps qu’il fait. Et puis, le mariage réussi de l’art et de la science, entre lesquelles je n’ai pas su choisir dans mes études. Je me souviens qu’on demandait à mes parents « alors votre, fils, c’est un littéraire ou un scientifique ? ». Je suis journaliste, amoureux des mots mais j’ai une formation scientifique et cette opposition m’a toujours agacé : un problème mathématique c’est d’abord un problème de langage. Les mots sont à la base de tout. Le vin réconcilie la science, qui ne souffre pas la médiocrité, et l’art, car il faut être un peu artiste pour faire un grand vin. Il devient la synthèse de toutes les vertus et de toutes les valeurs humaines : beaucoup d’actions, mais aussi beaucoup d’attentes, une quête de perfection qui peut confiner à la pathologie… On touche à la noblesse aigue qui peut aussi être balayée en une nuit d’orage.

Votre premier vin ?
Ma première histoire d’amour est venue avec un Pomerol, mais je ne saurais vous dire lequel. D’une manière générale, je suis très rouge, assez peu connaisseur de Champagne, moyen en vins blancs, nul en rosés…

Alors, Cabernet ou Merlot ?
Les deux (rires)! Résolument les deux ! ils sont tellement complémentaires, l’un tellement masculin, l’autre tellement féminin et pour faire un enfant il faut encore être deux !...

Anne Serres Vitisphere
delicious diggit facebook google linkedin my space scoopeo technorati viadeo yahoo wikio twitter

Commentaires

  • dit :
    03.11.2010 Hello, Pour celles et ceux qui souhaitent en savoir davantage, j'ai réalisé un Youwinecast (podcast vidéo) de Jacques Legros dans lequel il présente sa web TV « vigneetvin.tv » ainsi que son livre « Le vin vu par Jacques Legros » ! Lien : http://bit.ly/YWCJacquesLegros Cheers! Sacha.
Vous souhaitez publier un commentaire?

Inscrivez-vous immédiatement en cliquant ici, c’est gratuit !
Déjà inscrit ? Identifiez-voussimplement en haut à droite de cette page pour publier votre commentaire !

La rédaction se réserve le droit d'éliminer tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, promotionnel ou insultant.
 
 
 
 

Le vin chinois, un nouveau concurrent pour le vin français ?

«
Le titre du reportage de l’émission « C’est Notre Affaire [...] »
16.02.2010

Vincent Mulliez : « Le vin de Château Belle-Vue a quelque chose de plus à dire »

«
Depuis 2004, le Château Belle-Vue et son vignoble de 10 hectares en appellation [...] »
29.10.2009

Anabelle Cruse-Bardinet, la belle dame de Corbin et ses vins de Saint-Emilion

«
Corbin, c’est un des «lieux-dits» de Saint Emilion, à [...] »
14.10.2009

Prix national de l’Oenotourisme : candidature à déposer dès maintenant !

« Paul Dubrule, Président du Conseil Supérieur de l’Oenotourisme, a présenté [...] »
15.06.2009

Marketing : des icônes gays et une vie magnifique pour le rosé d'Anjou à l'export

« Le rosé d'Anjou conjugue sponsoring et campagnes de promotion pour séduire ses publics, [...] »
15.06.2009

Cable, satellite et Web-tv : le vin "vu à la télé"

«
Il est loin le temps de l'ORTF. La télévision a bien changé [...] »
14.10.2009